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30 avril 2020
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La joie de l'Amour

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En avril 2016, le pape François adressait à tous les chrétiens, qu’ils soient évêques, prêtres ou fidèles laïcs, l’exhortation apostolique Amoris laetitia, la joie de l’Amour. Elle faisait suite aux deux sessions du synode sur la famille de 2014 et 2015. C’est un document d’une grande importance qui n’a pas eu tout le rayonnement qu’il mérite. Il appartenait aux évêques et aux curés de paroisse de le faire connaître, certains l’ont évoqué, quelques-uns – trop peu sans doute – l’ont véritablement mis en œuvre; beaucoup, dans le cadre paroissial, semblent l’avoir laissée dans l’ombre, alors que ses enjeux sont d’envergure.

Les réserves que ce grand texte a suscité chez quelques prélats conservateurs ont pu en brouiller l’image; quatre cardinaux ont, en effet, émis des doutes, les fameux dubia, sur les fondements du chapitre 8 qui concernait les personnes qui vivent dans des « situations conjugales complexes ». Les quatre cardinaux ont reçu une réponse magistrale dans un ouvrage de deux théologiens français, l’un dominicain, Jean-Michel Garrigues, l’autre jésuite, Alain Thomasset. Ils montrent l’enracinement dans la tradition, plus particulièrement dans la pensée de saint Thomas d’Aquin, des propositions du pape pour l’accompagnement, le discernement, et l’intégration des personnes qui vivent en couple « de manière irrégulière » au regard du droit de l’Église. Encouragé par cette démonstration d’orthodoxie du pape François, dont je n’ai personnellement jamais douté, j’ai pensé important de présenter dans cette newsletter quelques grands traits de cette exhortation du souverain pontife jésuite.

Amoris laetitia est à 99% de lecture très facile. Pour l’essentiel, le pape François valorise le mariage catholique monogame, fidèle, et fécond. La spécificité tient à la grande connaissance que cette exhortation reflète de la vie concrète des couples, de leurs joies, de leurs épreuves, des difficultés de la transmission de la foi aux enfants, des efforts que réclame l’éducation, mais aussi des obstacles à l’harmonie conjugale que génèrent une société sécularisée et, pour beaucoup, des situations économiques dégradées.

Le regard de foi et d’espérance est vif, mais François se refuse à un idéalisme déconnecté du réel. Il propose des chemins concrets pour aider à la réussite du couple. Il montre aussi la nécessité de s’appuyer sur une vie spirituelle dynamique. Un point important concerne l’accompagnement par l’Église des couples avant le mariage, mais aussi après le mariage. Depuis une cinquantaine d‘années, en beaucoup de diocèses, la préparation au mariage s’est sensiblement densifiée, mais hormis dans les mouvements de vie conjugale (Equipes Notre-Dame), les centres spirituels jésuites ou charismatiques, les propositions ecclésiales de soutien à la vie conjugale sont trop rares. François veut vigoureusement stimuler de nouvelles manières d’accompagner les couples. Huit chapitres sur neuf ont pour objectif le renforcement de la vie conjugale.

L’originalité la plus grande de l’exhortation tient à la prise en compte, d’une part des baptisés qui pour bien des raisons différentes ne se marient pas religieusement et vivent en couples de fait ou pacsés, d’autre part des baptisés dont le mariage sacramentel a connu un échec, beaucoup d’entre eux se remettent en couple et se retrouvent « en situation irrégulière ». Tout en affirmant clairement qu’on doit toujours proposer les piliers de la vie conjugale chrétienne, le pape François non seulement appelle à un meilleur regard sur ces personnes, mais il propose un chemin spirituel personnel et personnalisé à tous ceux qui « ne sont pas en conformité avec la règle » mais ont un désir de vivre dans la foi et la charité. Ils doivent trouver toute leur place dans l’Église, chacun selon son cheminement.

Le pape François souligne qu’il n’est que des situations uniques, qu’il ne s’agit pas de promulguer une nouvelle législation, mais d’aider chacun à préciser sa relation à Dieu et au Christ, de soutenir chacun dans les pardons à donner et à recevoir etc…  Ainsi, chaque baptisé discernera la vérité de sa relation au Seigneur, son mode d’intégration au cœur de l’Église que le discernement pastoral pourra confirmer. 

Appelé à accompagner, dans l’esprit préconisé par le pape François, des baptisés qui ont connu un échec conjugal, c’est une grande joie de les voir progresser dans l’amitié de Dieu, de constater que leurs liens à l’Église se renforcent et qu’ils peuvent y trouver toute leur place.

Un éditorial est bien court pour présenter la voie spirituelle proposée par le pape François à ceux qui ont connu l’échec au chemin conjugal. Après avoir terminé un ouvrage  « à paraître » pour ceux qui ont mission de les accompagner, je me convaincs qu’il faudra s’atteler à la tâche d’écrire un livre qui reflètera et précisera la bonne nouvelle d’Amoris laetitia pour tous ceux qui ont peiné au chemin du mariage sacramentel.

Patrick Langue s.j.

Conseiller spirituel de Jésuites Alumni France (FFAEJE)

 

 

Présentation de la maison MAGIS et de Magis-Paris

La maison Magis fêtait, ces dernières semaines, son premier anniversaire. Elle a été inaugurée en octobre 2018 dans les locaux, remarquablement rénovés, laissés à la disposition de cette nouvelle aventure jésuite et ignatienne par la migration du Centre Laennec outre-Seine. Grâce à d’importants travaux, ce bâtiment, au cœur du 6ème arrondissement, est un magnifique écrin. Cette nouvelle initiative se définit d’abord par l’âge de ceux qui la fréquentent, des dix-huit à trente-cinq ans, ensuite par une ecclésiologie qui donne toute sa place aux laïcs en général et aux jeunes en particulier : toutes les grandes activités de Magis-Paris, la proposition pastorale, le cœur de cet univers, sont sous la responsabilité de jeunes laïcs, les jésuites, eux, sont les « référents » de chaque projet.

Magis-Paris est l’une des cinq entités de la Maison.  Le Père Claude Philippe, directeur de la maison Magis en est responsable. Il synthétise les propositions en ce domaine et en présente les quatre piliers : prier et célébrer (leitourgia), se former-témoigner (kérygma), servir (diaconia), partager et  faire communauté (koinonia). Ces secteurs peuvent paraitre relativement classiques, en réalité la maison Magis est un vrai laboratoire duquel surgissent des manières de faire profondément renouvelées, un esprit, une étonnante vitalité. La spiritualité ignatienne irrigue l’ensemble des lieux, avec sa tradition d’enracinement et sa formidable capacité d’adaptation.

Le pilier « prier » donne une belle place à la dimension spirituelle, elle rassemble les Exercices [de saint Ignace] dans la vie ordinaire (EVO), suivis pendant l’année 2018-2019, en deux sessions, par près de 120 jeunes gens et jeunes filles, mais aussi des « ateliers prière » pour les néophytes ; l’accompagnement spirituel est proposé à tous ceux qui le souhaitent, un « point d’écoute » accueille ponctuellement ; l’aspect célébration est honoré par la désormais célèbre Messe qui prend son temps, originalité jésuite initiée par le cardinal Martini à Milan; elle intègre la liturgie de la Parole, une homélie courte et ciselée, un temps d’écoute personnel de la parole de Dieu, l’Eucharistie, puis un pot convivial; elle est célébrée le dimanche à 19 h à l’Église Saint Ignace toute proche, tandis que la petite chapelle du 12 rue d’Assas reçoit ses fidèles le mardi à midi pour une messe qui rassemble les différents entités… cette petite crypte toujours ouverte accueille pendant la journée ceux qui aspirent à un moment d’intériorité…

Le pilier « se former et témoigner » propose du classique renouvelé avec un parcours « être chrétien » en collaboration avec le Centre Sèvres et le Mouvement des Cadres Chrétiens (MCC),  un groupe de lecture de la Bible , mais aussi des approches moins habituelles, telle une cellule de réflexion à partir d’un livre de Christophe Théobald « transmettre un Evangile de liberté », une réflexion originale dans le domaine de l’ecclésiologie sur le thème « Faire Eglise », ainsi qu’un  parcours « écologie » qui n’est pas sans particularité puisqu’il propose des pistes pour vivre la transition écologique « sérieusement mais non dans le désespoir », il a été plébiscité en 2018 par 80 étudiants ou jeunes professionnels. C’est sans doute une des particularités du lieu que d’exorciser l’esprit anxiogène qui pollue souvent l’atmosphère de cette génération des 18-35 ans. Le discernement, l’accès aux responsabilités, des propositions d’engagements, une vision positive de l’homme et du monde, un soutien de l’intériorité constituent un cocktail qui dynamise et rend possible de goûter cette joie et cette paix si importantes pour Ignace de Loyola.

Le pilier « Servir », ne s’appuie pas sur une idéologie mais s’inspire de l’appel de l’Évangile (Matthieu Chapitre XXV) : possibilité est donnée d’apporter un soutien spirituel aux prisonniers de Fleury-Mérogis par l’animation de la messe dominicale, diverses activités sont proposées avec des migrants les maraudes et réfugiés… Tels sont les trois premiers piliers de Magis-Paris.

Le quatrième pilier « partager » peut, bien sûr, être, programmé tels les afterwork Loyola (jeux, témoignages tous les vendredis soir), la randonnée de la Messe qui prend son temps, ou se déployer dans les équipes Magis (18-25 ans), en réalité c’est l’ADN de cette maison, lieu de rencontres, de synergie, d’échanges, de découverte de celui dont la présence relève d’autres objectifs. On vient pour une activité et on découvre l’intérêt d’une autre. Ici, on ne se croise pas, on se parle, on échange. Les déjeuners dans la cour ensoleillée, rassemble du printemps à l’automne et quelquefois en hiver, des personnes aux motivations bien différentes.

La maison Magis abrite aussi, outre Magis-Paris, quatre entités. Le service jésuite des réfugiés (JRS) dont le programme JRS jeunes et  Welcome[i] ; Inigo[1] le service jésuite qui envoie des jeunes gens et jeunes filles servir un ou deux ans dans « les pays du sud » ; le Réseau Magis (il fédère les 80 propositions annuelles de la famille ignatienne en France), et   le Cowork-Magis où se retrouvent une trentaine de jeunes gens en voie de lancer leur projet, voire de fonder leur  start-up, dans l’esprit maison (« ici on ne se compare pas ! »). Des interactions se développent entre les différentes entités, le futur entrepreneur peut donner des cours de français à un réfugié afghan ou irakien, des jeunes de Magis-Paris font du sport avec ou sous la direction de réfugiés de Syrie ou du Soudan. Tous se rencontrent à la cafétéria ou à la cuisine, 40% du bel espace de la Maison Magis sont partagés.

Ce lieu a vraiment une âme. Il est tellement vivant qu’il est difficile à décrire, d’autant plus que sa caractéristique est dans sa capacité de développer de nouveaux projets, de nouvelles figures par, avec, pour les jeunes de 18 à 35 ans, en leur permettant de rayonner large. Presque chaque jour, plus d’une centaine de jeunes gens et jeunes filles y trouvent ce qu’ils cherchent, « et trouvent pour chercher encore », animent ce qu’ils aiment, projettent l’avenir...

Alors si vous avez entre 18 et 35 ans, n’hésitez pas, allez sur le site de la Maison-Magis. Si vous avez dépassé l’âge fatidique, il n’est pas interdit d’indiquer à vos enfants ou petits-enfants qu’ils peuvent y trouver le sens de la vie qu’ils cherchent et des chemins à emprunter.

1 - Nous présenterons plus largement Inigo dans un prochain numéro de la newsletter.

 

Nouvelles de la Compagnie

Le Père général, Arturo Sosa, nous a fait connaître que la procédure en vue de la béatification du Père Pedro Arrupe (1907-1991), Célèbre général de la Compagnie de Jésus de 1965 à 1981, avait été introduite. Nous présenterons dans une prochaine newsletter le visage de ce Jésuite qui rayonnait étonnamment la sainteté, et qui fut, sans doute, un des plus grands généraux de la Compagnie.

 

Nouvelles de la province.

Le samedi 23 novembre, à 15 h 30, ont été ordonnés prêtres deux jésuites, dans l’Église Notre Dame de Grâce de Passy (Paris),  Gonzague Lalanne-Berdouticq (aumônier à Saint Louis de Gonzague/Franklin) et Quentin Lamy (doctorant à l’université grégorienne à Rome).

 

Le 29 septembre le Père André Juès a fêté à Francheville-La Chauderaie près de Lyon ses cent ans. Celui qui fut recteur de Saint-Joseph/Sainte Hélène à Lyon, et qui a passé près de soixante ans à Provence (Marseille) est aujourd’hui père spirituel de cette maison pour pères âgés, il en est le doyen mais pas le moins vert.

 

Le 5 juin 2019 est décédé le Père Daniel Aversenq. Il fut aumônier des plus jeunes au Collège Sainte Croix du Mans pendant dix ans, et trente ans au collège du Caousou. Il fut longtemps un aumônier des anciens du Caousou où il avait lui-même fait ses études. C’était une belle figure de Jésuite des collèges.

 

La maison provinciale est en relation avec la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, plus connue sous le nom de Commission Sauvé en raison du patronyme de son président. Elle invite à transmettre les témoignages de ceux qui ont été victimes d’un prêtre ou d’un(e)religieux(se) depuis 1950 en France. Le Numéro de téléphone de la CIASE est le 01 80 52 33 35. Son adresse mail : victimes@ciase.fr



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